Au XVIème et au XVIIème siècle, les chevaux assistaient l'homme en surface pour le travail dans les mines de sel, de fer et de charbon.
C'est au milieu du XVIIIème siècle que les chevaux descendent pour la première fois dans les mines. Avant lui c'était les hommes appelés les herscheurs qui tiraient les wagons sur les rails.
Les vétérinaires employés par les compagnies minières sillonnèrent la région à la recherche des chevaux les plus costauds.
Les futurs candidats devaient être résistants, bien musclés, sociables, mais surtout avoir des sabots irréprochables.
Leurs sabots devaient être bien formés pour résister aux chocs contre les rails ou les rochers et aux station dans la boue.
La taille du cheval recherché variait en fonction du travail demandé et de la taille des boyaux des mines. Voilà pourquoi des mules ou des poneys (shetlands ou pottok) furent également utilisés.
Le cheval, mule ou poney, était descendu au fond de la mine par le même puit emprunté par les hommes.
La descente s'effectuait en position verticale. Le cheval était sanglé à l'aide d'un solide harnais à un câble d'acier, aveuglé par un bandeau, les quatre membres entravés et protégés par de la paille.
Une fois que le cheval sentait le sol se dérober sous ses pieds, le cheval était terrorisé et n'osait plus bouger. Son ½il était agrandi et fixe. Son effroi était parfois si grand qu'on le croyait mort lorsqu'il arrivait en bas.
La moyenne d'âge des chevaux qui descendaient dans les mines étaient de six ans.
Ils y resteront entre dix et vingt ans et ne verront plus la lumière du jour jusqu'à leur remontée, après la retraite.
Avant leur mise au travail, il avaient une période d'acclimatation d'environ deux semaines.
On devait savoir si le cheval s'adapterait à son nouvel environnement. Certains ne supportèrent pas le manque de soleil et moururent dans les galeries peu de temps après leur arrivée. Le taux de mortalité était de l'ordre de 30%.
Leur entraînement était spécifique et très dur ! Ils mettront à rude épreuve leur corps et leur moral. Ils effectueront sans cesse le parcours des rails et la traction des wagonnets dans un environnement agité et bruyant.
Les mineurs travaillaient à la voie et utilisaient :
- « au cul » dans les descente pour que le cheval amortisse la poussée venant de l'arrière
- « au collier » si un effort important doit être fournit
- « soupe » pour l'heure de la pause.
L'harnachement subissait beaucoup de dégâts car soumis à rude épreuve. Il y avait toujours un bourrelier sur place pour trente chevaux (au lieu de 1 pour 50 en surface)
L'attelage consistait en une bride dépouillée de la muserolle et parfois de la sous-gorge, des ½illères, un couvre-nuque et on ajoutait sous l'attelle un anneau pour accrocher une lampe de mine et aussi une clochette pour annoncer l'approche des convois.
Les chevaux au fond des mines « bénéficiaient » de plus d'attention que ceux en surface. Afin d'assurer leur investissement et pour qu'ils puissent travailler longtemps, le vétérinaire les visitaient souvent.
Le maréchal-ferrant effectuait les changements des fers toutes les deux semaine environ pour éviter les usures prématurées.
Il soignait aussi toutes les éraflures. Sa peau était toujours couvertes d'ecchymoses et autres blessures car certaines galeries étaient étroites et les chevaux devaient parfois s'agenouiller pour les franchir.
Le quotidien des chevaux consistait en :
- 8 heures de labeur accompagné de son meneur qui était aussi chargé de former les convois,
- et de 8 heures de repos à l'écurie aménagée au fond de la mine qui était très rudimentaire : une anfractuosité dans la roche, meublée d'un râtelier et d'une caisse en bois. Ce n'est qu'au XIXème siècle que l'on améliora quelque peu l'écurie en cimentant les murs de celle-ci afin de réduire l'humidité.
Il était alors sous l'½il attentif d'un garde d'écurie. Ce dernier était responsable du cheval. Il était chargé de le nourrir et de nettoyer sa litière.
Il était accompagné de quelques chats qui se chargeaient des rats et souris qui descendaient avec le fourrage.
Vu le travail harassant qu'il devait fournir, le cheval bénéficiait d'une nourriture d'excellente qualité : du bon fourrage, descendu chaque jour, car l'humidité qui régnait au fond ne permettait pas d'en garder, ainsi que de 7 à 10 kilos d'avoine mélassée.
En résumé, le règlement concernant le mode de distribution de la ration des chevaux des mines (extrait du livre de Joseph Mascart « Mineur de fond de père en fils » aux éditions Nord Avril) consistait en une distribution de nourriture à 2 heures du matin, de 10h à midi, vers 15h et à 21 heures.
Les rations devaient être distribuées individuellement à chaque cheval, les chevaux devaient avoir bu ½ heure avant le travail, le foin devait être délié, secoué et nettoyé.
Les chevaux tractaient des tonnes de minerai sur plusieurs kilomètres de tunnel.
Mais il leur arrivait de refuser de tirer des convois qui ne comportaient pas le bon nombre de berlines. En effet, les chevaux avaient appris à compter. Au démarrage du convoi, un bruit de chaînes accompagnait la mise en mouvement successible des chariots et le cliquetis des berlines les informaient du nombre de chariots accrochés.
Il leur arrivait également de bloquer volontairement la galerie en se mettant en travers afin d'obtenir une friandise, une carotte ou du pain car ils se souvenaient très bien en avoir reçu précédemment à cet endroit.
Les chevaux avaient appris à reconnaître leurs parcours dans l'obscurité et évitaient les embûches, baissaient la tête sous une poutre menaçante, s'arrêtaient à bonne distance des portes pour laisser la place à son meneur d'agir.
C'est ainsi que les chevaux devenus aveugles restaient parfois employés au fond de la mine. Ils se déplaçaient sans difficulté dans les galeries, car leur travail étant très répétitif, ils avaient pu mémoriser la conformation des lieux avant de perdre la vue.
Quand il était l'heure, le meneur de chevaux le détachait et lui disait : « allez va ». Il partait à l'écurie à toute vitesse et personne n'avait intérêt à se trouver sur son passage. Il allait manger son avoine bien méritée.
Malheureusement les accidents des mines étaient souvent fatal aux chevaux.
Les éboulements, les coups de grisou ou les inondations ne leur laissaient aucune chance de survie. Les hommes étant sauvés les premiers... Il y a bon nombre d'histoires bouleversantes concernant la survie des chevaux à un affaissement des galeries.
Lorsqu'ils remontaient on était obligé de les habituer à la lumière du jour pour ne pas leur brûler la rétine et les rendre aveugle. Malheureusement, ils étaient souvent épuisés après toutes ces années de travail. Beaucoup d'entre eux profitaient très peu de ce bonheur et étaient envoyés directement aux abattoirs.
En 1920, 500 chevaux par compagnies minières travaillent dans les galeries souterraines.
En 1936, les chevaux eurent droit à une semaine de vacances aux prés par an.
Les hommes, eux, connurent leur première semaine de congés payés.
En 1937, à Aniche, une écurie fut construite en surface afin d'accueillir les chevaux qui pouvaient alors remonter les dimanches et les jours fériés.
En 1960, la mécanisation fit petit à petit son apparition et en 1970, les locomotives diesel remplacèrent les chevaux.
L'époque du cheval dans les mines fut alors définitivement résolue et l'on peut s'en féliciter.
Les anciens mineurs se souviennent avec nostalgie du temps où les chevaux étaient leur compagnon de labeur.
« A la vue du soleil, les chevaux montraient une joie sans pareil.
Bien qu'étant un animal, leur vie au fond des mines n'avait rien d'humain !
Ils étaient intelligents. Ses bêtes étaient attachantes, c'est avec beaucoup de respect pour leur conditions de vie que l'on a préférer les remplacer par du matériel plus moderne.
Ils les connaissaient très bien et leur apportait chacun des petites friandises ».
Le cheval fut l'élément crucial de l'industrie minière du début du siècle.
Les souffrances endurées par les mineurs, si bien évoquées par Emile Zola, le furent aussi par les chevaux.